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Les multiples crises affectent les stratégies d’acquisitions des multinationales françaises – The Conversation

Ludivine Chalencon, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3; Manon Meschi, ESSCA et Ulrike Mayrhofer, Université Côte d’Azur, Le 10 Septembre 2023

En 2020, 23 multinationales françaises ont réalisé 64 acquisitions, contre 121 rachats opérés par 30 groupes l’année précédente. Flickr/Jonathan, CC BY-NC-ND

La pandémie de Covid-19 ou encore la guerre en Ukraine ont constitué des crises d’ampleur mondiale qui ont remis en cause la politique d’investissement des multinationales. Ces chocs exogènes, par nature imprévisibles, ont en effet provoqué un fort climat d’incertitude et contraignent les entreprises à s’interroger sur leur politique d’acquisition.

Ces rachats d’entreprises permettent aux multinationales d’accélérer leur croissance et de saisir de nouvelles opportunités de développement. Elles comportent cependant de nombreux risques liés à leurs complexités financières et organisationnelles, qui sont accentuées lorsque les cibles sont localisées dans des pays éloignés.

 

Les chocs exogènes récents ont particulièrement affecté les stratégies des multinationales du CAC 40 qui avaient multiplié leurs investissements dans les économies matures et émergentes avant 2020. C’est l’une des conclusions d’un travail de recherche récent, qui a pris la forme d’une étude qualitative fondée sur l’examen systématique des rapports annuels d’activité, des sites Internet et des communiqués de presse des 40 plus grandes multinationales cotées à la bourse de Paris ainsi que sur les articles de presse publiés sur Factiva (plate-forme de recherche d’actualités et de données mondiales).

Nouveau recul en 2022

L’analyse des données collectées met en relief la chute des acquisitions face au choc exogène de la pandémie : seulement 23 multinationales ont réalisé 64 acquisitions en 2020, contre 30 multinationales ayant réalisé 121 acquisitions en 2019. 17 multinationales du CAC 40 ont ainsi renoncé à une stratégie d’acquisition face au choc exogène de la pandémie.

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Parmi celles-ci figurent des entreprises comme Publicis Groupe qui avait expliqué ce choix par le fort climat d’incertitude lié à la crise mondiale du Covid-19. Après la chute observée en 2020, les acquisitions reprennent fortement en 2021 avant de connaître une nouvelle chute en 2022 suite au déclenchement de la guerre en Ukraine. Le ralentissement se confirme au premier semestre 2023.

Cependant, dans des secteurs d’activité favorisés par la pandémie, comme la santé, les télécommunications ou le conseil en transformation digitale, les entreprises ont multiplié les acquisitions en 2020 pour saisir de nouvelles opportunités de croissance, diversifier leurs activités ou acquérir de nouvelles compétences.

 

Par exemple, Atos a réalisé dix acquisitions en 2020 afin de se développer dans les domaines du numérique et de la cybersécurité. L’objectif est de répondre aux besoins de digitalisation de la relation client et de la protection des données, renforcés par la crise sanitaire liée au Covid-19. Le directeur général du groupe Atos explique dans le rapport annuel :

« En 2020, nous avons réalisé 10 acquisitions pour accélérer notre stratégie. Nous avons également renforcé nos partenariats et élargi notre écosystème, non seulement avec des acteurs majeurs, mais aussi avec des start-up qui stimulent l’innovation. »

Depuis la pandémie, les multinationales du CAC 40 privilégient les acquisitions d’entreprises innovantes, notamment de start-up, afin de renforcer leurs activités digitales. Par exemple, Publicis Groupe annonce plusieurs acquisitions dans le domaine digital (Practia, Yieldify, Profitero et Corra) en 2023.

Notre étude révèle en outre que les multinationales ayant réalisé des acquisitions pendant la pandémie ont globalement privilégié des cibles dans les pays matures, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Parmi les 64 acquisitions effectuées en 2020, 23 opérations concernent des cibles localisées en France, 14 des cibles localisées aux États-Unis et respectivement 3 opérations des cibles localisées au Canada, aux Pays-Bas et au Royaume-Uni.

Des cibles plus petites

Les chocs exogènes semblent ainsi influencer la localisation des cibles qui sont choisies. En effet, la pandémie a été marquée par la fermeture de nombreuses frontières et les restrictions en matière de mobilité, qui rendent les rencontres entre équipes dirigeantes plus difficiles, notamment dans les pays éloignés. Les acquisitions internationales ont connu un rebond en 2021 avant d’enregistrer un nouveau ralentissement en 2022 et 2023, qui est lié au conflit en Ukraine et à la crainte d’une récession économique mondiale.

Notre travail met en relief que le ralentissement du mouvement des acquisitions concerne aussi la valeur des opérations effectuées. Dans un contexte de crise mondiale, la plupart des multinationales du CAC 40 ciblent des entreprises de plus petite taille aux activités complémentaires, et en particulier des start-up, afin de limiter les risques liés aux investissements effectués.

La dégradation de l’environnement économique mondial et la forte remontée des taux d’intérêt qui s’expliquent par la multiplication des crises semblent marquer la fin des « méga-deals ». Les multinationales du CAC 40 continuent de favoriser des opérations moins risquées et des cibles de plus petite taille.

Dans ces périodes de forte turbulence, les multinationales françaises affichent ainsi une volonté de réduire leur exposition au fort degré d’incertitude qui caractérise les crises d’ampleur mondiale. Les comportements observés soulignent par ailleurs la tendance à une plus forte proximité des investissements réalisés et à une reconfiguration davantage régionalisée de la mondialisation.

Ludivine Chalencon, Maître de conférences, finance et comptabilité, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3; Manon Meschi, Doctorante contractuelle à Université Côte d’Azur, IAE Nice, GRM et Professeure Assistante, ESSCA et Ulrike Mayrhofer, Professeur des Universités à l’IAE Nice et Directrice du Laboratoire GRM, Université Côte d’Azur

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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