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La relocalisation, un chemin semé d’embûches – The Conversation

Catherine Mercier-Suissa, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3; Daniel Suissa, ESDES et Manal El Bekkari, Burgundy School of Business – Le 5 avril 2023

La France a connu 30 années de délocalisation de ses structures de production industrielle, et a perdu plus de 2 millions d’emplois. La perte de souveraineté qui s’en est suivie s’est révélée avec force lors de la crise sanitaire puis du conflit en Ukraine. La question du soutien à l’industrie, et plus particulièrement à la réindustrialisation et à la relocalisation, est ainsi devenue une thématique majeure corrélée à celle de la souveraineté de la France. En témoigne le plan « France Relance », présenté en septembre 2020 par le gouvernement, dont 35 milliards d’euros sont consacrés à l’industrie. Objectif :

« Relocaliser les maillons manquants des chaînes de production stratégiques et prendre un temps d’avance pour favoriser la localisation des activités d’avenir en France ».

Le ministre délégué à l’Industrie a également mis en place une politique de soutien et d’encouragement aux relocalisations notamment via les Chambres de commerce et d’industrie (CCI) auxquelles il est demandé, dans le cadre de leur mission, de déployer en 2023 des accélérateurs de relocalisations.

Depuis l’annonce du plan France Relance, 155 relocalisations ont été dénombrées en France par le cabinet d’étude Trendeo, contre 98 sur l’ensemble de la période 2014-2018.

Néanmoins, au-delà de ces premiers chiffres de la volonté affichée, la question de la faisabilité de la relocalisation se pose et de nombreuses difficultés peuvent freiner le mouvement.

Une reconfiguration forcée des modèles

Les projets de relocalisation soulèvent, très généralement, des problématiques de trois ordres. D’abord, d’ordre technologique. En effet, la relocalisation ne peut être envisagée que par des changements de méthode de production afin de faire baisser de façon drastique les coûts de main-d’œuvre, d’être plus compétitif tout en offrant des produits de meilleure qualité.

Ainsi l’opticien Atol, qui a commencé à relocaliser ses activités dès 2009 et que nous avons étudié dans le cadre de nos recherches, a misé sur l’innovation en automatisant les procédés de fabrication, en réorganisant le temps de travail (en passant aux 3×8) tout en modifiant son offre. L’entreprise roannaise Tissages de Charlieu, spécialisée dans le textile, a fait de même, comme en témoigne son patron dans une interview récente au journal Le Progrès :

« Nous avons décidé d’investir dans un système automatisé 100 % pour la confection de sacs de caisse et de packaging textile avec une technologie unique au monde pour arrêter les importations en provenance d’Asie ».

La deuxième difficulté est d’ordre économique : le projet doit en effet être rentable. Ici, le fabricant de brosses à dents écologiques Biospetyl a par exemple pour cela supprimé ses intermédiaires et a misé sur l’argument qualitatif pour se démarquer des géants du secteur et affirmer son positionnement « made in France » auprès des donneurs d’ordre (distributeurs et consommateurs).

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Pour Aledia, entreprise grenobloise spécialisée dans le secteur microélectronique, l’enjeu est à la fois de devoir reconstruire une infrastructure capable d’accueillir les projets rapatriés pour atteindre l’objectif de 2025, mais aussi de former à des corps de métiers spécifiques. Son directeur industriel le soulignait dans une interview accordée en 2022 à Europe 1 :

« On a besoin de chimistes, d’électroniciens, d’opticiens mais ce sont des métiers qui manquent beaucoup aujourd’hui… On ne peut pas réindustrialiser sans former ».

Les problématiques concernent enfin le volet environnemental : La transition qui s’est amorcée au niveau mondial se traduit pour les entreprises françaises et européennes par des normes accrues qu’il s’agisse de la traçabilité, du bilan carbone ou de recyclabilité et de réparabilité. Ces nouvelles normes constituent désormais des contraintes nouvelles pour les distributeurs et les marques.

 

Soutenu par le plan relance, le sous-traitant pharmaceutique Seqens a annoncé le lancement d’un projet de construction d’une nouvelle unité de production du paracétamol à Roussillon (Isère) : l’entreprise affirme avoir réussi à développer des nouveaux procédés de synthèse lui permettant de garantir la construction d’une installation à la fois efficace et compétitive sur le long terme tout en maîtrisant l’empreinte environnementale (réduction d’un facteur de 5 à 10 en comparaison aux unités existantes).

Priorité aux produits « vulnérables » ?

Ces trois problématiques font des relocalisations des projets complexes que des acteurs économiques privés, même regroupés par un intérêt commun avéré, peuvent être en difficulté de mener à bien. La R&D nécessaire, les études supplémentaires, la diversité des expertises à mobiliser complexifient le process de relocalisation mais ne le rendent pas impossible.

Dès lors, les projets de relocalisations pourraient idéalement s’étendre en priorité sur des produits « vulnérables », c’est-à-dire les plus concernés par les difficultés d’approvisionnement et la dépendance à d’autres zones économiques (santé, alimentation, etc.)

Catherine Mercier-Suissa, MCF-HDR en sciences économiques, iaelyon School of Management – Université Jean Moulin Lyon 3; Daniel Suissa, Responsable pédagogique master management industriel, ESDES et Manal El Bekkari, ATER en Stratégie-iaelyon, Burgundy School of Business

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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