
L'actu des IAE
Dans un secteur en pleine transformation, connaître les enjeux du tourisme durable ne suffit pas. Il faut savoir les rendre compréhensibles, palpables, suffisamment vivants pour faire naître une question chez l’autre. Et cette compétence de sensibilisation se construit dans l’action. C’est le défi que relèvent chaque année les étudiants du Master 2 Management du Tourisme Durable de l’IAE Savoie Mont Blanc.
Depuis trois ans, avec Roxane Favier, nous faisons le choix de confronter les étudiants au réel. Pas une simulation, pas un exposé, mais des interventions face à de vrais publics. L’enjeu n’est pas de convaincre, ni de dérouler un discours mais plutôt d’ouvrir un espace, de « planter une graine » qui pourra continuer de cheminer après le passage des étudiants MTD.
Début mars, quatre groupes sont intervenus auprès de publics différents :
Le cadre est le même pour tous : réaliser une intervention en deux temps avec une conférence interactive d’une heure pour poser le sujet puis un atelier participatif d’une heure pour le faire vivre. Derrière cette structure, un travail de fond est attendu : définir une problématique, trouver un angle percutant, construire une progression pédagogique.
« Ce projet nous oblige à nous mettre vraiment à la place du public. » étudiante MTD
Pour les 45 enfants du CE1 au CM2, les étudiantes ont choisi l’approche narrative avec Nami, une petite grenouille voyageuse, qui embarque les enfants dans la découverte des richesses, singularités et fragilités des écosystèmes : océans, forêts, montagnes, déserts.
Après le voyage, les enfants expérimentent : sons d’animaux, boîte mystère, puzzle géant, chaque activité a sa logique et son petit effet « waouh ».
Puis un exercice sur la taille des animaux marins. On compare. On rit. On compte. « Un requin de Huit mètres !! ? ». Un enfant s’allonge au sol. Les autres suivent. Huit mètres, cela devient une chaîne de copains. La dimension de l’animal devient tangible, presque intime. « wah… Tu imagines ? comme c’est hyper grand ? »
Avec les collégiens, le groupe a exploré le lien entre le transport et l’expérience du voyage. La conférence a commencé par questionner : quelle est votre destination de rêve ? puis : faut-il vraiment partir loin pour être dépaysé ? et finalement, le voyage commence-t-il seulement une fois arrivés à destination ?
Pour ancrer la réflexion dans le concret, le groupe partage des témoignages de voyages qu’ils ont réalisés à vélo, en train de nuit, à pied ou en bateau. Ces récits ouvrent un autre rapport au temps, à l’espace, aux rencontres, aux imprévus et fait naitre de nouveaux imaginaires de voyage.
« Ça m’a donné envie d’essayer de voyager à l’étranger en train de nuit. » dit un collégien.
L’atelier prend la forme d’un jeu collaboratif. Chaque équipe reçoit un mode de transport : vélo, train, avion, voiture… avec ses caractéristiques détaillées : rapidité, coût, impact environnemental, niveau d’immersion, possibilités de rencontres. Puis ils partent explorer six destinations, réaliser des missions, accéder à des découvertes toutes différentes selon leur mode de déplacement reçu au départ. Un système de points valorise non seulement l’efficacité du trajet, mais aussi la richesse de l’expérience vécue. Le jeu repose sur la distinction entre « voir » une destination et « vivre » une destination.
Au lycée La Fontaine, les étudiantes interviennent auprès d’élèves en première année en design et graphisme. Comment rendre les enjeux du tourisme durable concrets et engageants pour des étudiants qui ne se destinent pas au secteur ?
La conférence est structurée autour de quatre dimensions : transport, hébergement, restauration, activités. De nombreux moments ludiques rythment la conférence avec par exemple la composition d’un menu responsable, s’immerger dans des lieux célèbres du monde par le son, ce qui maintient l’attention et crée des points d’accroche concrets.
Puis la salle se transforme en agence de voyage. Répartis en équipes, les élèves doivent construire un séjour. Chaque carte porte des indicateurs cachés révélés à la fin : impact environnemental et satisfaction. Chaque groupe reçoit une carte bonus en début de partie offrant un avantage particulier. Pour pimenter le tout, des imprévus viennent rebattre les plans en cours de partie : tempête, fuite d’eau, annulation, hausse de prix. Les équipes doivent s’adapter, renoncer à quelque chose, négocier, trouver une alternative, et surtout défendre leurs arbitrages devant les autres groupes.
La bonne surprise : la créativité des propositions. Certaines équipes ont rendu des projets très structurés, d’autres des productions plus artistiques, le format libre de la présentation a laissé s’exprimer leur sensibilité de designers.
« Intéressant, amusant, interactif… il y a un vrai côté prévention mais à travers le fun. On ne s’est pas ennuyé une seconde. »
« Ça change vraiment la vision que j’avais du tourisme et de cette notion de durable. »
À l’IAE d’Annecy, le groupe s’est adressé à des étudiants de L2 Économie-Gestion option tourisme. La conférence a débuté par une question qui a immédiatement résonné dans la salle :
« Qui a déjà eu envie d’aller quelque part après l’avoir vu sur Instagram ou TikTok ? »
Presque toutes les mains sont levées. Le sujet est posé de manière personnelle, reconnaissable, un peu dérangeante même, mais tout le monde se sent concerné.
La conférence s’est construite en trois axes : comprendre comment nos envies de voyage se construisent, analyser le rôle des réseaux sociaux dans ces mécanismes d’influence, puis réfléchir aux conséquences sur certaines destinations lorsque les mêmes lieux deviennent massivement populaires au même moment. Un quiz interactif a permis de tester les connaissances de façon ludique tout en revenant sur les notions clés.
L’atelier a prolongé la réflexion par un travail plus intime. Le groupe a invité chaque étudiant à se poser des questions : quelle situation vous rend le plus heureux en voyage ? Si vous deviez raconter votre voyage à quelqu’un, que diriez-vous en premier ? Puis chacun a réalisé un moodboard (collage visuel) représentant sa propre vision du voyage idéal. Chaque étudiant a pu exprimer ses envies par des images, des mots, des ambiances. Les présentations des moodboards devant la classe ont montré à quel point les visions du voyage peuvent être radicalement différentes d’une personne à l’autre et être bien loin des images standardisées qui circulent sur les réseaux.
« C’est enrichissant de réfléchir à sa propre manière de voyager. »
« Je ne m’étais jamais posé ces questions. »
Ce projet est exigeant. Il ne consiste pas seulement à parler de tourisme durable. Il oblige à changer de posture, à renoncer à dire tout ce que l’on sait, à simplifier sans trahir à écouter plutôt qu’imposer, ajuster en temps réel et improviser parfois.
Au-delà de ses vertus pédagogiques, ce que j’apprécie particulièrement dans ce dispositif, c’est qu’il est profondément humain. Il pousse chaque étudiant à incarner ses convictions, sans forcer et rencontrer un public. Il suffit de consulter les partages de nos étudiants sur les réseaux pour comprendre qu’il est très apprécié chaque année.
« Être face à un vrai public, c’était déstabilisant… Au départ, je n’étais vraiment pas à l’aise avec ce projet. Ça m’a mis une pression que je n’attendais pas. Et finalement c’est ce qui m’a le plus appris sur la prise de parole, sur comment capter l’attention et partager des idées avec des publics variés. » étudiante MTD
Nous souhaitons remercier les enseignants et équipes qui nous ont accueillis, pour leur confiance et leur disponibilité : l’école élémentaire de Duingt, le collège des Aravis de Thônes, le lycée La Fontaine de Faverges et l’IAE. Un grand merci également à tous les élèves, collégiens, étudiants pour leur participation, leur curiosité et leurs réactions. Nous remercions également Formasup pour son soutien et également nos étudiants, pour leur engagement, leur créativité, et pour ce qu’ils nous apprennent aussi.
Géraldine Charvin co-Responsable du parcours Master MTD, IAE Savoie Mont Blanc