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Mentions de divulgation : quand la clarté du vocabulaire rend la publicité plus lisible – The Conversation

Juliette Passebois-Ducros, IAE Bordeaux; Christelle ROBERT, Université de Bordeaux; Florence Euzéby, IAE La Rochelle; Michael Flacandji, IAE Bordeaux et Stéphanie Mathey, Université de Bordeaux, Le 2 février 2026

Les recommandations des influenceurs peuvent être, dans certaines conditions, assimilées à de la publicité. Pour y remédier, la loi a créé de nouvelles obligations pour mieux informer les consommateurs. Dans quelle mesure ces nouveaux outils sont-ils efficaces ?


La loi « Influence » votée en 2023 clarifie les obligations des influenceurs français quant aux mentions à utiliser lorsque leurs contenus relèvent d’une collaboration commerciale.

L’objectif est clair : mieux informer les internautes et rétablir la confiance. Toutefois, les effets de ces mentions sur les réactions des individus restent peu documentés. Sont-elles réellement efficaces pour alerter les internautes ? Certains termes sont-ils plus efficaces que d’autres ?

Une forme de publicité

Les publications d’influenceurs constituent une forme de publicité native. Elles adoptent les codes, le ton et les formats propres aux plates-formes sociales, ce qui brouille les repères entre contenu personnel et communication commerciale. Pour y remédier, les plates-formes et les régulateurs prévoient d’apposer des mentions explicites signalant la nature publicitaire du contenu.

Cette information peut être librement formulée dans la légende d’une publication (avec, par exemple, des mentions comme « publicité », « sponsorisé », « produit offert ») ou prendre la forme d’une mention normalisée définie par la plate-forme (du type « collaboration commerciale avec » sur Instagram ou « contenu sponsorisé » sur YouTube). La présence de ces mentions est censée permettre aux internautes de comprendre qu’ils sont exposés à un message visant à les influencer, généralement à les faire acheter un produit. D’un point de vue théorique, ce mécanisme a été mis en évidence dans le modèle de persuasion de la connaissance publicitaire (Persuasion Knowledge Model). Il indique que lorsque l’individu comprend qu’il est exposé à un message publicitaire, il peut mobiliser sa « connaissance de la persuasion » et adopter alors une posture critique vis-à-vis du message. Les mentions facilitent l’activation de cette connaissance de la persuasion.

Conscience et transparence

De nombreuses études ont été menées pour étudier l’impact des mentions sur les réactions des internautes mais les résultats sont contradictoires. Si certaines études suggèrent que la présence d’une mention favorise l’éveil des mécanismes de défense des consommateurs, d’autres, au contraire, ne démontrent aucun effet, voire un effet inverse. Deux effets parallèles ont été mis en évidence.

Le premier, appelé « effet de conscience », indique que les mentions activent la connaissance de la persuasion et le scepticisme publicitaire. Conscients de la nature commerciale du contenu, les internautes s’en méfient, accordent moins de crédibilité à l’influenceur et ont des attitudes moins favorables vis-à-vis des produits et des marques. Inversement, la présence de mentions peut envoyer un « signal » aux internautes sur la transparence, la sincérité et l’honnêteté de l’influenceur. On parle alors d’« effet de transparence ».

Autrement dit, ces mentions amènent le public à porter un regard plus favorable sur les influenceurs mais aussi sur les produits et des marques qu’ils mettent en avant). Cao et Belo (2024) démontrent par exemple que la présence d’une mention conduit à une augmentation de 34 % de l’engagement des internautes vis-à-vis des publications d’influenceurs.

Performance du marketing d’influence

Une méta-analyse réalisée par Liu et Zhao (2025) conclut à l’existence de trois résultats. Premièrement, la mention aide l’internaute à comprendre qu’il s’agit d’une recommandation commerciale. Deuxièmement, la présence d’une mention diminue la confiance accordée à l’influenceur et au message. Enfin, la mention n’affecte pas les intentions d’achat des produits recommandés.

Malgré cette diminution de la crédibilité, l’effet global de la divulgation sur l’attitude et les intentions comportementales reste insignifiant, suggérant que l’effet positif de la divulgation puisse contre-balancer son impact négatif. En somme, la présence d’une mention ne diminuerait pas les performances du marketing d’influence.

Essentielles précisions

La France a choisi de clarifier le langage de la divulgation et précise dans l’ordonnance de 2024 d’utiliser des termes simples, lisibles et uniformisés : « publicité » ou « collaboration commerciale ». Cette précision est loin d’être anodine. Avant la loi, les formulations utilisées par les créateurs étaient soit absentes soit extrêmement variables allant de « partenariat » à « collab » (abréviation de collaboration) ou encore « merci pour l’invitation », en passant par des tournures très évasives comme « ad » (pour advertising) ou « sp » (pour sponsorisé).

Dans une première étude, menée en France en 2024, nous analysons les pratiques de divulgation de 40 influenceurs français (20 macroinfluenceurs et 20 micro, méso ou nano-influenceurs). À partir de l’analyse de 496 publications d’influenceurs français mentionnant une marque, nous montrons que cette normalisation commence à porter ses fruits. En effet, plus d’une publication sur deux (61 %) utilise désormais le terme « collaboration commerciale » (et ses dérivés), et 14 % la mention « publicité » (et ses dérivés).

Nous notons également que certains influenceurs vont même plus loin en précisant la nature du partenariat : « rémunéré », « non rémunéré », « produits offerts », « invitation ». Cette tendance traduit un effort d’ajustement aux attentes réglementaires et un souci croissant de transparence vis-à-vis du public.

Quand les mots façonnent la perception

Mais ces mots ne produisent pas les mêmes effets. Notre deuxième étude, conduite auprès de 169 internautes exposés à une publication sponsorisée sur Instagram, vise à comprendre comment les consommateurs interprètent les deux mentions les plus fréquentes : « collaboration commerciale » et « publicité ».

Les résultats sont éclairants. Le terme « collaboration commerciale » est mieux mémorisé (93 % des participants s’en souviennent contre 52 % pour « publicité ») et davantage associé à l’idée d’un partenariat entre la marque et l’influenceur. À l’inverse, le mot « publicité » évoque surtout la mise en avant d’un produit, mais sans nécessairement que l’internaute perçoive la relation contractuelle entre les deux acteurs.

Autrement dit, la mention « collaboration commerciale » semble plus pédagogique : elle aide le public à identifier le lien économique en jeu et facilite la mémorisation du caractère commercial.

Une familiarité nouvelle avec la transparence

Ces résultats suggèrent que la loi française, en fixant un vocabulaire précis, a contribué à créer une familiarité linguistique bénéfique. Plus les internautes rencontrent souvent un même terme, plus ils sont capables de reconnaître le caractère commercial du message qui l’accompagne.

Ministère de l’économie, 2024.

Cette transparence facilite la distinction entre contenu spontané et promotionnel, sans pour autant nuire aux performances du marketing d’influence, puisque les intentions d’achat ne baissent pas significativement, même lorsque la nature publicitaire du message est reconnue.

En d’autres termes, la transparence ne détruit pas la persuasion ; elle la transforme. Le succès d’un message repose désormais sur la crédibilité de l’influenceur, plutôt que sur la dissimulation de ses liens avec les marques.

De la transparence défensive à la transparence relationnelle

Cette évolution témoigne d’un changement de paradigme. Si la divulgation a été considérée par les influenceurs comme un simple moyen de se prémunir contre les critiques ou les sanctions ; elle peut devenir, dans ce nouveau contexte, un véritable outil relationnel, voire un marqueur d’authenticité. Un influenceur qui affiche clairement une collaboration peut être perçu comme plus honnête, donc plus digne de confiance. C’est sans doute là le paradoxe le plus intéressant du marketing d’influence contemporain : à mesure que les régulateurs imposent la transparence, celle-ci devient elle-même un levier de persuasion.

Juliette Passebois-Ducros, Professeure des Universités, IAE de Bordeaux, IAE Bordeaux; Christelle ROBERT, Professeure de psychologie cognitive, Université de Bordeaux; Florence Euzéby, Maitresse de conférences en sciences de gestion, IAE La Rochelle; Michael Flacandji, Maître de conférences en marketing, IAE Bordeaux et Stéphanie Mathey, Professeure de psychologie cognitive, Université de Bordeaux

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.


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